Facteur d’instruments

Initiale I-IR estampillée sur la grande clé d'une basse de musette fabriquée à La Chaux-du-Milieu vers 1770. Musée d'Histoire de Berne, H/2593/b. Photo: Christine Moor. © Musée d'Histoire de Berne, reproduction autorisée.
Première mention en 1764 à La Chaux-du-Milieu (NE), dernière mention dans le même village en 1786; protestant, originaire de La Chaux-du-Milieu (rattachée à cette époque au Locle). Les sources ne permettent pour l'instant pas de définir s'il s'agit d'une personne ou de deux frères. Variantes du nom: Jeanneret (-Gris?), J. (éventuellement Jacques, Jérémie, Jacob ou Isaïe). Jeanneret appartient probablement à une famille d'horlogers et il était peut-être apparenté à l'horloger et inventeur Jean-Jacques Jeanneret-Gris (1755–1827), lui aussi originaire de La Chaux-du-Milieu; pour distinguer les différentes branches des noms de famille très répandus, tels que Jeanneret dans les Montagnes neuchâteloises, on ajoutait fréquemment un sobriquet tel que «Gris». À l'époque considérée, La Chaux-du-Milieu comptait plusieurs facteurs d'instruments; en termes de savoir-faire et d'outillage, il existe de nombreux recoupements entre la facture d'instruments de musique, l'horlogerie et la pendulerie.
Le facteur Jeanneret, qui était sans doute lui-même aussi horloger ou pendulier, signait ses instruments «JJ-R/I I-R». Selon Girard (2001), il pourrait s'agir non d'un facteur, mais de deux frères dont le nom de famille commence par R, car une basse de musette (Sarasota, USA) et un basson d'amour (Môtiers, NE) sont estampillés «I F-R»; la facture de ces deux instruments s'apparente à celle des instruments estampillés «I I-R». L'identité définitive du facteur qui signait «I I-R» n'a à ce jour pas pu être établie avec certitude.
Jeanneret était renommé en son temps pour ses instruments à vent de la famille des hautbois, appelés musettes (synonymes: hautbois d'église, trompettes d'église). La famille compte quatre instruments: le dessus de musette, la taille de musette, la basse de musette, basson d'amour, ce dernier relevant de la catégorie des bassons. On compte aujourd'hui 32 instruments estampillés «I I-R» dans le monde. Ils forment une véritable série d'instruments, avec dix bassons d'amour, deux hautbois, un ténor et 19 basses. La facture soigneuse, les matières précieuses qui entrent dans leur fabrication et la rareté comptent sans doute parmi les critères qui ont joué en faveur de l'admission de ces instruments utilisés pendant quelques décennies seulement dans les collections d'instruments prestigieuses de nombreux musées (Aachen, Bâle, Berne, Berthoud, Delémont, Genève, La Sagne, Londres, Munich, New York, Paris, Zurich). Il en existe d'autres, au temple de Sornetan ainsi que dans des collections privées à Berne et à Huttwil.
«Il est inutile de dire ici que l’an travaille beaucoup en pendules, en montre et en dentelles à La Chaux-du-Milieu. On y trouve les mêmes talents et la même émulation. Il suffira d’observer que deux frères de cette paroisse fabriquent des instruments de musique tels que des hautbois, des flûtes, des bassons, des cors de chasse, etc., qu’ils débitent principalement en Allemagne [= en Suisse alémanique]; ces deux ateliers méritent d’être vus.» (Ostervald 1861, p. 53, cit. in Staehelin 1969/1970, p. 118).
«Puis la Société [de musique, fondée en 1764 pour accompagner le chant d’église à Lausanne] dépêcha l’un de ses membres à La Chaux-du-Milieu, dans le comté de Neuchâtel, pour faire l’achat de deux trompettes.» (Burdet 1963, p. 313).
«[…] Mr le Ministre Leemann, Pasteur de Belp, [qui] me dit que Mr le Trésorier de Wattenville avoit si fort gouté les hauts-bois de notre musique d’église qu’il en avait introduit de semblables à Belp et dans plusieurs autres églises du pays Allemand, en les faisant faire chés le Sr Jeanneret, riere le Locle.» (Frêne 1994, p. 300).
Marco Jorio, Irène Minder-Jeanneret: "Jeanneret, J.", in: Musiklexikon der Schweiz, Version vom: 17.05.2026. Online: http://mls-dms.ch/view/jeanneret-j-dnBl. Konsultiert am 18.05.2026.