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Peyrot, Fernande

Compositrice, professeure d’harmonie et d’improvisation, cheffe de chœur

[s. d., n. n.] Fonds Fernande Peyrot, bibliothèque du Conservatoire de musique de Genève.

*Genève 21.11.1888, †Genève 10.03.1978, protestante, de Genève. Fille d’Edouard Jean Laurent, banquier, et de Jeanne-Henriette Bonna. Célibataire, sans descendance.

Fernande Peyrot accomplit ses études au Conservatoire de Musique de Genève: le piano avec Willy Rehberg, la composition avec Ernest Bloch et la rythmique avec Émile Jaques-Dalcroze; elle obtient le diplôme de rythmicienne en 1916 à l’Institut Jaques-Dalcroze. En 1919 et 1920, elle enseigne à l’École de Rythmique de Paris et recueille les conseils d’André Gedalge (contrepoint) et de Paul Dukas (composition).

Révélée par sa Messe, créée lors de la fête de l’Association des Musiciens Suisses à Lausanne en 1918. Peyrot compose pour tous les genres (piano, guitare, ensembles de chambre, orchestre, fanfare, mélodies, œuvres chorales, théâtre musical et théâtre de marionnettes), avec une prédilection pour la musique chorale. Membre de l’Association des Artistes Musiciens de Genève, de l’Association des Musiciens Suisses et du Lyceum Club de Genève, elle remporte le prix de la meilleure composition vocale au 1er concours International pour femmes compositeurs (Lyceum Club, Bâle, 1950) pour La Merveilleuse visite, le deuxième de ses Deux Trios pour soprano, mezzo- soprano, contralto et harpe. Le comité de la SAFFA (Schweizerische Ausstellung für Frauenarbeit, exposition nationale suisse pour le travail féminin) de 1958 lui commande à la fois l’indicatif sonore (jingle) de l’exposition et une ouverture pour orchestre; cette Intrada sera créée par un orchestre entièrement féminin, placé sous la direction de Hedy Salquin, qui est aussi la dédicataire de la pièce. Peyrot sera également la lauréate du III. Internationaler Wettbewerb für Komponistinnen (Mannheim, 1961) pour sa Fantaisie pour flûte, violon et violoncelle, qui obtient la mention «honorable».

Hormis les quelques mois d’études passés à Paris, Peyrot vit à Genève où, de 1916 à 1965, elle enseigne l’improvisation et l’harmonie à l’Institut Jaques-Dalcroze et où elle dirige des chœurs. Amie de la marionnettiste et rythmicienne Marcelle Moynier, autre disciple de Jaques-Dalcroze et fondatrice du Théâtre des Marionnettes de Genève, elle écrit plusieurs musiques de scène pour accompagner des spectacles de ce dernier.

Dès 1935, elle fait partie du groupe de Genevois, avec Frank Martin, Jean Binet, Henri Gagnebin, Bernard Reichel, André-François Marescotti et Roger Vuataz, qui se réunissent régulièrement pour échanger sur leur musique.

Marquée par Jean Sébastien Bach et par la musique ancienne, ouverte à toutes les musiques de son temps, Peyrot développe un style qui, sans sortir du cadre tonal, évolue dans ce cadre en se servant d’un langage harmonique d’une grande liberté. C’est peut-être d’Ernest Bloch qu’elle tient la véhémence de son expression, qui aime à alterner des atmosphères contrastées. Son univers n’est pas sans parenté avec celui d’un Frank Martin et, bien que s’exprimant toujours avec une certaine retenue, sa musique laisse entrevoir une sensibilité passionnée, voire tourmentée.

Créées pour la plupart à Genève, les œuvres de Fernande Peyrot ont toujours reçu un très bon accueil de la part des interprètes et de la critique. Trois d’entre elles, la Messe, l’Esquisse symphonique, et La petite sirène ont été créées par l’Orchestre de la Suisse romande, sous la direction d’Ernest Ansermet, qui vouait une grande estime à la musicienne.

Fernande Peyrot est l’une des premières compositrices suisses professionnelles reconnue par ses pairs masculins. L’extrême discrétion de Fernande Peyrot et, après sa disparition, l’absence de tout soutien à sa musique, ont fait tomber cette dernière dans l’oubli. Son fonds a été remis à la Bibliothèque du Conservatoire de Genève, un an après son décès. De sa musique, ce sont surtout les pièces de musique de chambre qui continuent d’être jouées en concert.

Autori/autrici: Jacques Tchamkerten, versione del 25.06.2026

Fonds, catalogue

Catalogue PEYROT: Bibliothèque du Conservatoire de Musique de Genève , https://catalogue.cmg.ch (exception: version avec orchestre de la Ronde à Jaques-Dalcroze pour sa fête, à la Bibliothèque de Genève-La Musicale). Inventaire du fonds: https://hesso.swisscovery.slsp.ch/discovery/fulldisplay?docid=alma991002733236705514&context=L&vid=41SLSP_HES:VU1&lang=fr&search_scope=MyInst_and_CI_and_ExtDS&adaptor=Local Search Engine&tab=MyInst_and_CI_and_ExtDS&query=any%2Ccontains%2Cpeyrot&offset=0

  • TCHAMKERTEN Jacques, Genève 1980; ouvrage non publié, disponible à la salle de lecture de la Bibliothèque du Conservatoire de Genève.

Bibliographie

  • DEBRIT A[gnès], «Fernande Peyrot [zum 80. Geburtstag]», Schweizer Frauenblatt, 13.12.1968.
  • GAGNEBIN Henri, «Fernande Peyrot», 40 Schweizer Komponisten der Gegenwart / [hrsg. von dem] Schweizerischer Tonkünstlerverein = 40 compositeurs suisses contemporains, Amriswil: Bodensee-Verlag, 1956.
  • MINDER-JEANNERET Irène, Femmes dans la mémoire de Genève, Genève: Suzanne Hurter, 2005, p. 200-201.
  • STRUBIN Blanche, «Compositeurs genevois: Fernande Peyrot», Tribune de Genève, 04.04.1962, p. 108.
  • ZUBER Serge M., Musiques d’un siècle à Genève, 1893-1993 1993), Genève: Ariana, 1993, p. 108.
  • [n. n.], «Enquête sur le dodécaphonisme et l’école sérielle (fin)», Revue musicale de Suisse romande, 2-3/1961, p. 35. [suite à l'article de J. Chailley de mars-avril 1960; réactions de Bernard Reichel, Fernande Peyrot, Rudolf Kelterborn, Robert Suter, et réponse de Jacques Chailley]

Égodocument

«La composition implique un engagement total, qui ne laisse pas de temps pour une vie privée; une femme mariée, mère de famille ne dispose pas assez de loisir, d’assez de liberté d’esprit pour se donner entièrement à son art, du moins est-ce mon opinion toute personnelle. Vous me direz qu’il y a bien des compositeur maris, dotés d’enfants; mais pour eux le problème ne se pose pas avec la même urgence. Au demeurant, les hommes savent mettre leurs ennuis, leurs soucis, dans un tiroir: les femmes en sont pour la plupart incapables. Et puis, un autre facteur joue encore un rôle important, celui de la concentration de la pensée, plus développée en général chez l’homme que chez la femme.»  (STRUBIN 1962, p. 108).

Témoignages de personnes tierces

«Son tempérament est volontaire, âpre, quelque peu sauvage. Son art ne ressortit en aucune façon à ce que l’on est convenu d’appeler de la musique de femme’. Il semble au contraire qu’il fuie la superficialité et le conventionnel pour atteindre à une expression singulièrement prenante et personnelle dans les pages les plus convaincantes. Fernande Peyrot ne recule devant aucune audace et, quoique professeur d’harmonie, son écriture n’a rien d’académique.» (GAGNEBIN 1956, cit. in ZUBER 1993, p. 108).

Citazione suggerita

Jacques Tchamkerten: "Peyrot, Fernande", in: Dizionario della musica in Svizzera, Versione del: 25.06.2026. Online: http://mls-dms.ch/view/peyrot-fernande-nkfJ. Consultato il 09.07.2026.