Dizionario della
musica in Svizzera

Ricerca

Mottu, Alexandre

Compositeur, professeur, pianiste, claveciniste, organiste, musicologue

Alexandre Mottu, par Henry van Muyden, 1915. Conservatoire de Musique de Genève.

Alexandre Mottu, Méditations lamaïques, manuscrit. Genève: Bibliothèque du Conservatoire de Musique de Genève, cote Rmg 1040.

*Chêne-Bougeries (GE) 11.06.1883, †Chêne-Bougeries 24.11.1943, protestant, de Genève. Fils de Jean-Jacques Mottu, dit James, employé de banque, et de Jeanne Perette Wilhelmine, née Malègue. Non marié, sans descendance. Le théologien Henri Auguste Mottu (1877-1934), modérateur de la Compagnie des Pasteurs, était son frère.

Alexandre Mottu accomplit au Conservatoire de Genève des études de piano avec Willy Rehberg (diplômé en 1902) et d’orgue avec Otto Barblan; en 1901, il obtient le prix Diodati d’improvisation. Il se perfectionne à Leipzig et à Berlin, probablement de 1903 à 1906, avec les pianistes Alfred Reisenauer et Teresa Carreño.

À son retour de l’étranger, en 1906, il commence à enseigner à titre privé à Genève. De 1907 à sa mort en 1943, il est à la fois organiste titulaire du temple des Eaux-Vives et professeur de piano au Conservatoire de musique de Genève ainsi que professeur de clavecin dans le même établissement de 1931 à 1943. Pédagogue reconnu, il aura pour élèves de piano notamment les musiciens Roger Vuataz et André-François Marescotti ou encore Pierre Segond, qui se tournera vers l’orgue, mais aussi des pianistes qui feront carrière comme concertistes: Eric Schmidt, Lottie Morel et Hedy Salquin. Germaine Vaucher-Clerc, l’une des clavecinistes les plus renommées de sa génération, a elle aussi été formée par Mottu.

Pianiste concertiste, Mottu défend particulièrement la musique française ancienne et moderne. Chambriste occasionnel, il a notamment collaboré en 1912 et en 1934, le temps d’un récital, avec Marie Panthès, pour interpréter des pièces à deux pianos ou à quatre mains. Dès 1916, il se produit comme claveciniste et s’impose, avant Isabelle Nef et Germaine Vaucher-Clerc, comme un pionnier de la redécouverte du clavecin à Genève et en Suisse romande. Après 1920, ses apparitions en concert deviennent plus rares. Il est dédicataire de deux pièces pour piano de son élève Jean Bartholoni (1880-1937), futur président du Conservatoire de Genève, dans les années 1910. En 1996, le compositeur et pianiste néerlandais Luctor Ponse (1914-1998), élève de Johnny Aubert, écrira un concerto pour clavecin et orchestre (Amsterdam: Donemus 2013) «en hommage à Alexandre Mottu».

L’activité d’organiste de Mottu se déroulera essentiellement dans le cadre de sa fonction d’organiste du temple des Eaux-Vives où il donnera de nombreux concerts. Au-delà, désireux de partager à la fois sa spiritualité et son intérêt pour la musique ancienne, encore peu connue, il convie son public à un «récital spirituel» un soir de Noël; un récital autour d’un clavecin Pleyel permet de découvrir le répertoire français du XVIIIe siècle; un récital-lecture alliera textes et musique. Cette volonté de transmission s’illustre aussi dans les conférences publiques sur l’histoire de la musique qu’il donne au Conservatoire.

Mottu a composé tout au long de sa vie et laisse une trentaine de pièces et recueils, dont une bonne partie a été publiée chez Henn à Genève et chez Senart à Paris: des pièces pour piano, quelques œuvres de musique de chambre (sa sonatine pour violon et piano est créée par lui-même et la violoniste Maggy Breittmeyer lors des concerts du centenaire du Conservatoire de Genève, en 1935), des mélodies et plusieurs œuvres pour orgue, parmi lesquelles un corpus de vingt-quatre Pièces liturgiques publiées en quatre recueils. Relevons aussi un Prélude et choral en si mineur pour orgue, morceau imposé au Concours national suisse d’exécution musicale de Genève (1940), une cadence pour le concerto en la de Wolfgang Amadeus Mozart (1927) ou encore deux pièces pour carillon (1933, 1943).

Son esthétique est marquée par la musique française de son époque et peut s’apparenter à celle d’un Maurice Ravel ou d’un Jean Roger-Ducasse. Évoluant dans une tonalité élargie, son langage se teinte de couleurs volontiers «impressionnistes». Privilégiant les petites formes dans des morceaux publiés séparément ou dans des recueils aux titres évocateurs (Livre d’heures, La Charmeuse de Peine, Nuits d’été), sa musique fait volontiers appel aux formes de danses françaises anciennes (passe-pied, gavotte, forlane, tambourin, etc.) et témoigne de son amour inconditionnel pour le XVIIIe siècle. Ainsi, la musique de Mottu s’inscrit dans la continuité historique, qui ne recherche pas la nouveauté à tout prix et qui se distingue par sa fantaisie, son charme, la subtilité de son inspiration, mais aussi par la qualité de son écriture. On peut rapprocher son esthétique de celles de deux autres compositeurs-pianistes romands, ses contemporains: Émile-Robert Blanchet et Henri Stierlin-Vallon. Si, de son vivant, les œuvres de Mottu sont assez souvent jouées lors des auditions d’élèves du Conservatoire de Genève et si elles apparaissent sporadiquement au programme des concerts genevois, elles tombent rapidement dans l’oubli après la mort du musicien.

Dans une volonté de développer la musique dans la liturgie du culte protestant, il fut, aux côtés d’Henri Gagnebin, l’un des artisans du Psautier romand adopté en 1937 par l’Église protestante et qui remettait à l’honneur les psaumes du XVIe siècle dans les harmonisations de Goudimel, Le Jeune ou Bourgeois.

Toutefois, c’est sur l’enseignement que Mottu concentrera l’essentiel de ses activités et qu’il marque de son empreinte la vie musicale genevoise. Les succès de sa vaste phalange d’élèves témoignent de son engagement et de sa philosophie de l’enseignement, basée sur la patience, le soin et la méticulosité. Son attachement au Conservatoire se manifeste également dans la présidence de l’Association des professeurs du Conservatoire de Genève qu’il assure dans les années 1930.

Mottu est membre de l’Association des Musiciens Suisses, de l’Association des artistes musiciens de Genève. Il écrit occasionnellement des comptes-rendus de concerts pour le Journal de Genève durant la saison et entre 1936 et 1940, il est aussi chroniqueur, pour la Suisse, de la Revue musicale, publiée à Paris.

Membre de la Société suisse de musicologie, il présidera la section genevoise de 1926 à 1936. Cet engagement pour la musicologie, branche encore pionnière en Suisse à cette époque, témoigne de sa vision systémique du monde de la musique. D’une part, la musicologie, dans son expression historique, constitue la porte d’entrée du monde musical du passé, longtemps oublié des interprètes. D’autre part, il affirme la nécessaire et naturelle complémentarité entre interprétation et recherche.

Mottu a marqué la vie musicale de Genève par son approche globale et sa volonté de partage à la fois de la musique et de la foi.

Autori/autrici: Jacques Tchamkerten, Irène Minder-Jeanneret, versione del 25.06.2026

Fonds

Pas de fonds. Quelques manuscrits de partitions autographes à la bibliothèque du Conservatoire de musique de Genève.

Bibliographie

  • GAGNEBIN Henri, «Alexandre Mottu», Bulletin du Conservatoire de Musique de Genève, n° 4, décembre 1943 [s. p.].
  • GAGNEBIN Henri, «En souvenir d’Alexandre Mottu», Radio-Actualités, 31.03.1944, p. 392.
  • P[AYCHÈRE] A[lbert], «Alexandre Mottu», Journal de Genève, 26.11.1943, p. 3.
  • PUSKÁS Regula, «Alexandre Mottu», In Dictionnaire Historique de la Suisse, 2007, https://hls-dhs-dss.ch/de/articles/020713/2007-10-22/.
  • SCHUH Willy (dir.), Schweizer Musikerlexikon = Dictionnaire des musiciens suisses, Zürich: Atlantis, 1964.
  • STIERLIN-VALLON Henry, «Les musiciens de Suisse romande», in La Revue musicale, no 1, 1939, p. 173.
  • [s. n.], Journal de Genève, 08.12.1912, p. 5.
  • [s. n.], «Alexandre Mottu †», Mitteilungsblatt der Schweizerischen Musikforschenden Gesellschaft, nᵒ 8, 1944, p. 1.

Publications

  • MOTTU Alexandre, «Avant-propos», in Nos pères chantaient, chœurs mixtes des XVIe et XVIIe siècles, Genève: Henn, 1936, [p. 3].

Catalogue des œuvres

  • Œuvres de compositeurs genevois, Genève: Technicum moderne de musique, 1937.

Égodocument

«Certaine pédagogie contemporaine enseigne plus spécialement ce qui réussit. Elle goûte peu la patience et répute que prendre son temps est un luxe médiéval. Ainsi, la vie devient une altération dont on meurt.

Mais les musicologues, jaloux de fixer et de défendre leur pensée, s’efforcent de ressembler à certains rois des jeux de cartes qui possèdent deux têtes. La première les autorise à résoudre l’activité quotidienne en ses multiples virages. La seconde, de suivre une profession qui nécessite encore quelques études et pour l’exercice de laquelle il serait fâcheux de contrarier un penchant spontané à la plus grande exactitude. Récompense de ce double effort: un respectueux silence entoure une bonne part de leurs révélations. De fait, trop de musicologues se donnent à leur métier avec une énergie qu’aucune reconnaissance ne vient troubler…

Jugez maintenant – je vous prie – combien il est consolant, stimulant, de réunir ici les travaux d’une phalange qui se révèle aussi compréhensive de l’accord profond qui existe entre la musique et la musicologie. Car la musicologie sert de contrôle à la musique et la musique vivifie la musicologie. Ces deux facteurs se pénètrent réciproquement.

C’est un impérieux et magnifique devoir de faire de nos adeptes une collectivité d’auditeurs conscients, «créatifs», ayant le sentiment très nombre de certaine Beauté qui, seule, est capable d’unir.» (MOTTU 1929, p. V-VI).

Témoignages

«Alexandre Mottu a des affinités particulières pour la musique instrumentale des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a contribué à nous révéler bien des chefs d’œuvres inconnus ou oubliés. Ses compositions pour piano, pour orgue et pour violon et violoncelle sont marquées du goût le plus sûr. Mottu nous prouve que le compositeur d’aujourd’hui peut s’exprimer avec authenticité sans recourir à un bouleversement du langage et des formes. Sa musique nous rappelle qu’il y eut un âge d’or où l’art était inséparable des humanités [et] où l’artiste était un civilisé et non un révolutionnaire.» (STIERLIN-VALLON 1939, p. 173).

«C’est encore un jeune homme (il a 24 ans!) lorsque notre grande institution lui offre un poste de professeur supérieur de piano. Alexandre Mottu exercera cette fonction avec un zèle, un tact, un souci d’art et de pédagogie qui ne se sont jamais relâchés. Il aimait sa classe, il aimait ses élèves, il leur a donné le meilleur de lui-même. sa méthode partait d’une haute conception. Il pensait que le métier de musicien doit se situer dans le cadre de la culture. Volontiers, il agrémentait ses leçons d’exemples empruntés aux écrivains, aux philosophes, aux peintres, s’appliquant à rendre sensible par des rapprochements ingénieux l’accord secret des arts, le mystère d’un style, d’une œuvre. […] Artiste accompli que son élégance d’esprit et de goût et sa nature passionnée ouvraient admirablement au classicisme comme au romantisme, il fut un homme au caractère dévoué, généreux et plein de distinction. Les professeurs du Conservatoire l’avaient élu président de leur association après le décès de Woldemar Pahnke. À l’Hermitage, dans cette demeure qu’il avait si bien ornée (Mottu aimait non seulement les beaux livres, mais encore tous les objets d’art et particulièrement les porcelaines et les gravures – c’était un collectionneur!), il recevait confrères, collègues et élèves avec un sens exquis de l’hospitalité.» (P[AYCHÈRE] A[lbert] 1943, p. 3).

«L’excellent pianiste M. Alexandre Mottu (presque aussi fleuri que sa partenaire) se joignit à Mme Panthès pour l’exécution de deux œuvres pour deux pianos. Bien que très finement interprétée, la Sonate à fioritures de W.-F. Bach manqua un peu de fondu, le timbre de l’Érard joué par M. Mottu ne se mariant pas très heureusement avec celui du Pleyel de Mme Panthès. Les deux artistes donnèrent ensuite une superbe exécution d’une œuvre de grande allure et de belles lignes de Guy Ropartz, intitulé Pièce à deux pianos, tout simplement. Il y avait foule et l’on vit rarement pareil enthousiasme.» (Journal de Genève 1912, p. 5).

Citazione suggerita

Jacques Tchamkerten, Irène Minder-Jeanneret: "Mottu, Alexandre", in: Dizionario della musica in Svizzera, Versione del: 25.06.2026. Online: http://mls-dms.ch/view/mottu-alexandre-pP1n. Consultato il 09.07.2026.